RAY LEMA
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RAY LEMA

Paris, Île-de-France, France | INDIE

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Pianiste, compositeur et chanteur, le Franco-Congolais Ray Lema s'épanouit autant dans un exercice solitaire (Mizila, sorti en 2004) qu'en grande compagnie, comme dans cet enregistrement public spectaculaire, réalisé en 2009 au Brésil avec une quarantaine de violons et violoncelles. Ray Lema s'était déjà frotté aux cordes symphoniques avec l'Orchestre de Sundsvall, en Suède, pour son album Le Rêve de la gazelle (1998). Il recommencera, cette année, en compagnie d'un autre ensemble, en Haïti. Avec le big band brésilien (il y a des cordes, mais aussi des cuivres qui insufflent un swing jazz puissant), Ray Lema relit quelques hauts faits de son répertoire (Gaia, Stop Time ou C'est une Garonne, qu'il avait composé pour Nougaro), choisis par João Mauricio Galindo, directeur du Jazz Sinfonica et confiés à des arrangeurs plutôt bien inspirés, dont Ruria Duprat, lauréat de deux Grammy Awards (pour des albums de Randy Brecker et Lenine).
Patrick Labesse
- Le Monde par Patrick LABESSE


Au fil d’une remarquable carrière à l’avant garde des musiques africaines, Ray Lema a toujours fait preuve d’ouverture. L’enregistrement de ce nouvel opus (CD+DVD) réalisé dans le cadre de l’Année de la France au Brésil a été un moment jubilatoire pour le pianiste zaïrois installé en France depuis le début des années 80, comme en témoigne le making of proposé en bonus sur le DVD. Sous la direction de João Mauricio Galindo, qui a sélectionné et réarrangé 13 titres de Lema, l’orchestre et le pianiste s’enflamment. Ray Lema, qui avoue découvrir ici des intentions insoupçonnées à ses morceaux, est aux anges. Une posture qui convient parfaitement à ce musicien formé au petit séminaire et qui, fort heureusement pour nous, a délaissé les vêpres pour les gammes. - MONDOMIX par Squaly


Formé au piano classique et au chant grégorien, « musicogra¬phe » du continent noir et jazzman avide de rencontres inédites, le pianiste et chanteur congolais concrétise, avec ce projet aussi curieux qu'ambitieux, un vieux rêve : celui d'ouvrir le monde symphonique aux polyrythmies africaines.
Treize pièces du répertoire de Ray Lema ont ainsi été choisies par le chef d'orchestre brésilien Galindo, réécrites par trois arrangeurs et interprétées au Brésil, en mai 2009, avec le Jazz Sinfonica de São Paulo, mi-orchestre symphonique, mi-big band.
Le son est insolite et vivifiant, avec des mélodies optimistes dans l'esprit des comédies musicales, portées par des cuivres triomphants, des violons tro¬picalistes trépidants et la voix nasillarde, tendre et enjôleuse de Ray Lema. L'épique reprise de C'est une Garonne, de Nougaro, est un régal.
- TÉLÉRAMA


Magicien des sons, le compositeur Ray Lema, qui mêle rythmiques africaines et orchestre symphonique, appelle à métisser les répertoires.

Pathétique. L'affiche du prochain spectacle du Casino de Paris (du 17 au 29 janvier), dit tout des clichés qui pèsent sur la musique africaine. Elle comporte un slogan : <<Do you speak djembe ? >>, et deux photos de spectateurs armés de djembés, face à l’Orchestre symphonique lyonnais et des musiciens africains. La caricature du bon Noir qui prête son tam-tam au petit Blanc. Et la perspective d'une cacophonie, sous couvert d’institution musicale reconnue. Réunir un orchestre symphonique et des rythmes africains a pourtant du sens. Encore faut-il savoir donner du corps à un tel projet, et avoir une autre perception des rythmiques noires.
Ray Lema est heureusement là pour le rappeler. Compositeur, pianiste et chanteur d’origine congolaise, ce magicien des sons, élevé à l’école de Bach et de Mozart, a élu domicile en France il y a trente ans et navigué dans les eaux de la chanson française (Nougaro, Higelin) comme dans celles du vaste monde (les voix bulgares). A la recherche, toujours, d'une fusion créative au service de la sophistication des rythmes africains.
« Aujourd'hui, en France, s'indigne Ray Lema, il n'y a que le divertissement qui compte, et on met tout dans le même sac. Mais, dans la musique africaine aussi, des niveaux existent. Il n’y a pas que Magic System ou Amadou et Mariam ! »

En 2009, dans le cadre de l'Année de la France au Brésil, il est sélectionné, avec Richard Galliano, parmi des centaines d'artistes français pour représenter l'Hexagone.
Le jazz Sinfônica de Sao Paulo, orchestre dirigé par João Mauricio Galindo, reprend alors 13 titres de l'oeuvre de Ray Lema. Deux concerts suivent au Brésil, emmenés par 82 musiciens ! Le résultat, éclatant, habille chaque titre, qu'il soit jazzy ou contemporain, d'une dimension flamboyante.

« Tous les autres continents ont des orchestres symphoniques qui font la démarche d'inclure leur répertoire moderne ou populaire, assure le compositeur. Si on le voulait, on pourrait faire notre propre mélange culturel en France et avoir la même dynamique que les Etats-Unis. La France a une histoire avec l’Afrique quand même ! ››
Que les frileux orchestres symphoniques français, souvent cantonnés au seul répertoire classique, écoutent cet opus. Ray Lema n'attend qu’une chose : partager avec eux cette aventure grandiose.
Frédérique Briard
- MARIANNE (semaine du 14 au 21 janvier 2012)


Nous sommes physiquement coupés du sens. Un grand musicien noir, à l’expérience exemplaire dont nous racontons l’histoire, nous dit comment cela se sent dans notre mouvement. Et notre danse.

Né en 1946 en pleine gare de Lufu-Toto, dans ce qui était encore le Congo belge, Ray Lema a grandi dans la grande ville de Kinshasa, un pied dans le monde africain, un pied dans le monde occidental. A onze ans, élève chez les pères blancs, il donne son premier concert : la Sonate au clair de lune de Beethoven. Les pères le trouvent si doué qu’ils lui offrent un régime spécial : au lieu de suivre les cours comme les autres, il pourra jouer de l’orgue autant qu’il voudra. Le voilà toute la journée plongé dans Bach. Il veut devenir prêtre... et devient musicien. Il joue dans les groupes à la mode de la capitale zaïroise, en particulier dans celui du célèbre Tabu Ley. Peu à peu, sa réputation se forge : au Zaïre, il devient "I’intello" des musiciens. Celui qui gamberge tellement que sa tête chauffe. Attention, parfois on dirait presque un blanc ! Mais on ne se moque pas, on admire.

Un jour, en 1974, "I’intello" est convoqué en haut lieu pour une mission de la plus haute importance. Dans les nations jeunes du Tiers-Monde, l’orchestre national est une entité importante, un symbole d’union. En Afrique, c’est même un instrument politique essentiel. Mais, au Zaïre, il y a un os : le pays est si grand, les tribus si éclatées et différentes qu’elles ne parviennent pas à jouer ensemble. Or, c’est précisément cela que l’on attend de cet orchestre : que plusieurs centaines de musiciens (et de danseurs) venus des quatre coins du pays jouent dans la même formation. Plusieurs chefs d’orchestre s’y sont déjà cassé le nez : rien à faire. En dernier recours, c’est donc à Rey Lema que le pouvoir fait appel.

Et Ray, comme les autres, commence par échouer. Chaque fois qu’il essaie de faire jouer ces citoyens ensemble, il y en a forcément un qui vient se plaindre : "Ça ne va pas, chef, il joue faux celui-là !" Au bout de quelques semaines, Ray comprend qu’il n’y arrivera pas. Leurs rythmes, leurs manières de jouer, bien qu’apparemment proches, sont organisés de telle sorte qu’il se trouve à son tour incapable de les diriger. Il faut trouver un truc, mais quoi ? Et bientôt une évidence s’impose à lui, assez vertigineuse : la seule solution serait qu’il aille sur place, dans la brousse, et jusqu’au fond de la profonde forêt où vivent les pygmées, pour y chercher des musiciens, mais surtout pour y apprendre à jouer les rythmes lui-même.

Commence alors un long voyage initiatique.

Ray Lema découvre d’abord que chaque village a sa "signature" rythmique. A l’évidence, celle-ci est systématiquement constituée, à la base, par le croisement de deux rythmes différents, très rapides, joués sur des percussions par des "petits", c’est-à-dire des enfants ou des adolescents - "car les enfants sont bavards et doivent se muscler". Ce jeu rythmique - dont le résultat est un battement d’interférences - résonne le plus clair du temps dans l’espace du village, par-delà la forêt et les champs, avec des moments creux dans la journée et des moments forts, chaque fois notamment qu’a lieu une fête, une cérémonie. Quand on joue de cette musique, les gens disent simplement : "Ça tourne" ; mais si Ray leur fait écouter un morceau de musique moderne, il y a toutes les chances qu’ils fassent une grimace : "Ça ne tourne pas !" Ray se demande ce que cela signifie : qu’est-ce qui "ne tourne pas" ?

Il découvre que dans le village, chacun, du plus petit gamin à la plus vieille grand-mère, a sa façon propre d’entrer dans ce jeu rythmique - le plus souvent en cognant contre un tambour, un tronc d’arbre creux, une boîte quelconque, en claquant de la langue, des doigts, ou en jouant de quelque autre instrument, à corde notamment, petites guimbardes résonnant dans la nuit très noire jusqu’au sommet des arbres géants. Comme si les deux "petits", qui donnent sa base au jeu rythmique, faisaient tourner une gigantesque corde à sauter et que tout le village s’amusait à sauter dans cette corde, chacun à son rythme propre, c’est-à-dire suivant son humeur, sa personnalité, son âge... "Suivant l’âge de son âme ! dit Ray ; plus l’âme est jeune, plus elle saute vite dans la corde." Les vieux maîtres du village ne sautent, c’est-à-dire ne frappent sur leurs tambours qu’un coup sur dix, ou sur quinze, ou sur cent...

Et, peu à peu, Ray bascule dans un monde qu’il ne soupçonnait pas. Un monde purement acoustique. Quand la nuit tombe et qu’il fait si sombre dans la forêt qu’on ne distingue plus ses propres mains, même en écarquillant les yeux, cela l’impressionne parfois terriblement : car les villageois semblent voir dans le noir et se reconnaître les uns les autres, de loin, rien qu’à la façon dont ils interviennent dans le faisceau rythmique. Mieux : à la façon dont tel ou tel joue, les autres, à distance, vous disent : "Il est fatigué aujourd’hui", ou : "Elle m’a l’air en colère", ou encore : "Quelle forme il tient, Machin ? Quelle blague nous a-t-il encore mijotée ?"

Ce qui frappe peut-être le plus l’Africain de la grande ville dans les pratiques rythmiques de la forêt, c’est combien elles interdisent le baratin, le mensonge social. Vous êtes qui vous êtes, votre rythme le dit, impossible de frimer. Si vous tentez de jouer un rythme qui ne vous correspond pas, en particulier s’il est trop sophistiqué pour vous (les ados s’y essayent tous un jour ou l’autre), eh bien vous ne tiendrez pas une nuit durant. Car ces gens-Ià jouent, au sens propre, des nuits durant ! Et Ray lui-même, pourtant entraîné, se casse souvent la figure au début. Jusqu’à ce qu’un jour un vieux lui dise : "Mais dis-donc, on dirait que tes mains sont devenues sèches ! Désormais, elles vont savoir faire parler le tambour !" Honneur suprême. Pour ces gens-Ià, nous tous qui n’avons pas l’habitude de taper sur des tam-tam pendant des heures (et même nos batteurs modernes), nous avons les mains "mouillées".

Bref, Ray a passé une première épreuve de la connaissance des secrets de la forêt.

Les vieux maîtres lui parlent davantage. Eux jouent les rythmes les plus lents, les plus sophistiqués justement. Mais ils peuvent aussi jouer tres vite, pour accompagner un plus jeune. Pour l’imiter, ou pour se moquer de lui. Les vieux maîtres savent jouer "à la manière de" n’importe lequel des villageois. Et quand un jeune fait trop le malin et se pavane par exemple devant les filles, ils savent aussi le taquiner et "couper" son rythme de telle sorte que le malheureux ait beau s’esquinter sur son tam-tam, personne ne l’entende.

Mais le pouvoir des vieux maîtres-tambour va beaucoup plus loin. Ils savent comment atteindre telle ou telle partie du corps de telle ou telle personne en train de danser au milieu de la place du village. Et redresser une épaule. Atteindre un estomac. Ou capturer un corps, pour libérer son esprit, et le mettre en transe. Les mois passent. Ray visite, une à une, près de deux cent cinquante ethnies différentes. Et voilà qu’il se met à conceptualiser toutes ces découvertes ; à comprendre par exemple pourquoi un vieux maître tambour à qui il venait de faire écouter du Miles Davis et du John Coltrane, avait ronchonné : "Ils sont drôlement doués ces petits, pourquoi ne leur donne-t-on pas un maître ?

- Comment ? s’était exclamé Ray, mais que trouves-tu à redire à cette musique ?

- Tu n’entends donc pas, avait répondu le vieux, ça ne tourne pas !"

Même le jazz ! Maintenant "I’intello" des musiciens de Kinshasa commence à comprendre : ce qui "tourne" ou "ne tourne pas", c’est une sorte de roue, - du moins visualise-t-il la chose ainsi. Une roue dans laquelle rebondissent les différents rythmes du village. Une roue qui est à la fois extérieure, englobant tous ces rythmes, et intérieure à chaque individu, courant dans son ventre, l’aspirant au-dehors jusqu’aux limites de son être réel, et le reliant aux autres dans un même mouvement. A la fin, les visualisations de Ray deviennent si claires qu’il parvient à les dessiner sous forme de roues géométriques. Et ça marche ! Muni de cet outil, il parvient enfin à expliquer à des centaines de musiciens venus de toutes les tribus comment jouer ensemble...

Et c’est ainsi qu’il fonde le "Ballet national du Zaïre". Grand moment de gloire pour "l’intello", dont s’empare bientôt une idée fixe : cette roue rythmique extraordinaire, il veut l’importer dans le monde moderne ! Car la forêt, tôt ou tard, va mourir. Et l’on a beau énormément danser dans les grandes villes africaines, et savoir faire son marché en balançant son corps de façon chaloupée, les secrets de la forêt vont irrémédiablement se perdre. Voilà pourquoi, vers 1976, on retrouve Ray Lema de l’autre côté du gigantesque fleuve, à Brazzaville, capitale du Congo, où il dirige une drôle de petite communauté baptisée "la Tribu du Verseau". Arts martiaux, méditation, techniques empruntées à toutes les grandes traditions, et au centre : une pratique quotidienne de la roue. Ray fait des expériences. Comme un fou. Vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Mais il est trop pressé, trop autoritaire. Surcomprimés, les disciples de la communauté explosent.

Ray se trouve à la dérive...

Pendant ce temps, la création du Ballet national du Zaïre est remarquée à l’étranger, jusqu’à New York, où la fondation Rockfeller invite Ray à venir passer un an aux États-Unis, tous frais payés. Le musicien zaïrois est ravi.

Il pense qu’il va pouvoir expliquer ses découvertes et offrir au monde le plus beau cadeau de l’Afrique : comment réguler toute une société musicalement ! Dans les villages zaïrois qu’il a connus, la roue rythmique institue un véritable ordre social. Elle permet aux gens de se reconnaître, de se comparer, de se jauger, de se soigner, de prier, de voyager hors de son corps... tout ça par les rythmes, et avec un raffinement inouï.

Hélas l’Amérique, qui l’a si bien accueilli, se comporte avec lui comme avec un bon sauvage, et ne l’écoute pas. Ce sont plutôt eux, les jazzmen, qui prétendent enseigner la musique à ce brave-garçon de la brousse ! Il faut dire que, lorsque Ray met sur une platine de grand studio américain l’un des 33 tours enregistrés à la hâte au Zaïre, le résultat est très démoralisant. Le fondateur du Ballet national du Zaïre comprend alors qu’il lui faut percer un autre genre de grand secret : celui de la technologie des studios modernes, du son digitalisé. Aidé par quelques blancs, dont Jean-François Bizot d’Actuel, puis Chris Blackwell d’Island, il entame, en 1983, à Paris (où il vit avec sa femme Carol et ses trois enfants), une nouvelle longue marche, qu’il n’a pas encore achevée.

J’ai passé de nombreuses dizaines d’heures à discuter avec Ray. Extraits d’une de nos dernières discussions :

Ray éclate de rire : "Ça fait vingt-cinq ans que je fais danser des blancs ! Et crois- moi, quand tu fais danser des gens, il ne te faut pas longtemps pour voir à qui tu as à faire !" De sa main effilée, le musicien fait le geste de s’arracher un masque. Ses doigts claquent dans le vide puis se reposent tranquillement sur le bord de la table.

- "Tu veux dire qu’au fond nous dansons mal...

- Ah mais vraiment, rien à voir avec la technique !"

La voix du black claque comme un tissu au grand vent :

"Non, rien à voir avec la technique. Je connais des blancs, enfin, je veux dire des Occidentaux - parce que ce mal menace toutes les races ! - qui, techniquement, ne dansent pas mal du tout. Mais rarissimes sont ceux qui ne te donnent pas l’impression d’être complètement coupés.

- Coupés ?

- Coupés du monde. Coupés des autres. Coupés de tout ! Je crois que c’est le prix terrible qu’ils ont payé pour inventer l’individualisme, c’est-à-dire l’ère moderne. Et quand tu les fais danser, je t’assure que ça saute aux yeux : les blancs sont totalement coupés les uns des autres. Ils dansent chacun pour soi. Même quand ils sont deux !

- Excuse-moi, mais quand je danse le slow, ou même le rock d’ailleurs, le vrai rock, eh bien...

- Mais non, je t’assure... (il a un sourire d’un kilomètre de large). Il s’agit de quelque chose de... comment dire ? de très objectif. Et nous, Africains, nous mettons énormément de temps à réaliser que, cette chose, vous ne la voyez pas, vous ne la sentez pas. Ma position de musicien m’a un peu aidé à voir plus clair là-dedans. Imagine des gens qui diraient raffoler du surf, mais qui ne verraient pas les vagues ! Ils seraient là, dans l’eau à essayer de grimper sur leurs planches, mais chaque fois qu’une belle vague arriverait, ils ne la verraient pas. Et plaf ! ils la prendraient sur la tronche. Parfois, tout à fait par hasard, l’un d’eux saurait en prendre une au bon moment - et alors ZZZZZZZ ! il ferait enfin du vrai surf, et il crierait à la grâce divine et au "miracle" ! Et, à coup sûr, il écrirait un essai là-dessus ! Mais la plupart barboterait en désordre, chacun dans son coin !"

De nouveau son rire tonitruant éclate dans la nuit, puis il reprend : "Eh bien je t’assure, c’est e-xa-cte-ment l’impression que tu as quand tu fais danser des blancs. Comme si, pour gagner leurs indépendances individuelles, ces humains-Ià s’étaient mutilés de tout ce qui les liait au monde. Coupés les ailes ! Et là, pendant la danse, leurs mutilations apparaîtraient tout d’un coup au grand jour. Béantes ! Quelquefois, je te jure que ça fait de la peine.

- OK, mais quand c’est toute une foule qui se balance au même rythme, par exemple dans un grand concert rock, là, quand même ?..

- Là, tu sais ce qu’on sent ? La nostalgie des liens perdus. Une nostalgie assez épaisse. Quand tu y regardes de près, même dans les plus grands concerts rock (et bon sang, j’aime cette ambiance), eh bien derrière une écume d’excitation, la sensation réelle, individu par individu, de ce qui relie chacun au tout, cette sensation-là est vraiment faiblarde ! On a juste des milliers de petits "moi" agglutinés, qui passent un bon moment ensemble, d’accord c’est sympa, mais enfin bon... S’il en allait autrement, avec de pareilles masses de gens, t’aurais des transes carabinées, ah mais crois-moi ! (bien qu’en ce moment, dans la banlieue parisienne, se mijote chez les ados, beurs, blancs, africains, antillais, chinois, un mélange de cultures et de races comme nulle part ailleurs, qui les fait bouger de manière drôlement plus vivante, je dois l’avouer !)"

Il demeure un instant silencieux. Dehors, dans le silence de la banlieue Est, un chat huant hurle. On nous sert du thé. Et brusquement, comme si la conversation ne s’était pas arrêté une seconde, l’Africain reprend : "Mais si tu voyais ce que devient un individu de la forêt africaine quand la musique se met à tourner ! Ah mon vieux !"

Il ouvre les bras en croix et tire la langue la plus large possible. Un geste d’écartèlement, à la fois infini et assez laid. Je fais des yeux ronds :

"Quoi ? Il s’envole ?

- Ah tu parles ! Il n’existe plus, tu veux dire ! En Afrique profonde, quand la musique se met à tourner, c’est bien simple : l’individu n’existe plus. Terminé ! Il est tout entier fondu dans ces fameux "liens" dont nous parlions, et que vous, les blancs, vous ne sentez plus. Or ça, cher ami (les yeux soudain mi-clos, guettant avec un air de grand renard sérieux), nous n’en voulons pas non plus ! Nous ne désirons pas vos mutilations d’Occidentaux, mais ce n’est certainement pas pour revenir en arrière dans l’anéantissement de la forêt ! Ah ça non ! D’ailleurs, ça serait impossible ; même en Afrique, le mouvement de modernisation est irréversible, alors...

- Alors, tu veux quoi ?

- Le lait et l’argent du lait !" De nouveau, il rit, du rire le plus éclatant qui soit. Maintenant, je me sens moi-même pris d’une jubilation perplexe : "Tu me fais marrer : tu veux l’individualisme, mais sans la solitude, c’est ça ?

- Je veux - du moins si c’est la volonté du Très Haut - cette chose tranchante, aiguë, que vous avez affûtée à la limite de l’impossible, et qui s’appelle la lucidité, la conscience individuelle ; mais je ne veux pas pour autant perdre mes liens au monde et aux autres, ni devenir ce petit "moi" châtré et boursouflé, tout imbu de ses "droits de I’homme", qui passe devant la main tendue sans même la voir ! Cet être malade, que la vie va sérieusement mettre à l’épreuve dans les temps qui viennent, crois-moi.

- Tu réclames en somme à la fois l’état de la particule et celui de l’onde...

- Ha ha ! Voilà qui me dit quelque chose ! Ne m’as-tu pas raconté toi-même un jour que les physiciens modernes décrivaient la réalité matérielle sous ce double aspect inséparable ? !

- Oui, bon, la matière, mais imagine un peu : comment un être humain pourrait-il à la fois avoir des ailes et n’en avoir pas ? Tu veux être tout à la fois, libre de tes mouvements, indépendant de tous les autres et pris dans un cristal, en résonance avec le tout...

- Sais-tu que ça existe, ce que tu viens de décrire ?

- Quoi ?

- Cet état particulier, là, à la fois "un" comme le cristal et librement dispersé à la guise de chaque atome.

- Eh bien ?

- Cet état existe, c’est le cristal liquide ! Une substance en pleine expansion industrielle, à ce qu’on m’a dit ! (il rit). Et je me demande même s’il ne s’agirait pas d’un cristal liquide très particulier, dont nous sommes tous faits : l’eau ! D’ailleurs, tu sais, les danseurs blancs, si coupés les uns des autres, c’est peut-être ça que j’aimerais Ieur dire en premier : les gars, il faut que vous laissiez couler l’eau en vous ! Laissez couler l’eau ! Chaque cellule de votre corps est une gouttelette d’eau, laissez chacune de ces gouttelettes tomber de tout son poids. Et résonner au rythme de votre coeur."

Le reste de la nuit ne nous a pas suffit à définir l’impression particulière que ce bout de conversation avait éveillée en nous. - NOUVELLES CLÉS - Par Patrice van Eersel


Paris

23/02/2007 -
Recorded in a trio with bass-guitarist Etienne Mbappe and drummer Francis Lassus, Ray Lema’s new album, Paradox, is an eclectic mix of language and genre. It is hardly surprising to find such diversity from a musician who has always been frustrated by pigeonholes.

RFI Musique: Let’s talk about a word that you seem fond of, "paradox", since it is the title you gave your album.
Ray Lema: We live in a society full of paradoxes right now, in the sense that the all right analyses have been made, but we act in complete contradiction with what these analyses are teaching and showing us. Take cigarettes, for example. Once I saw a programme on the chemicals inside a cigarette. It is quite a shock when you realise all the unnatural products there are mixed together to make one. The people who invented them are rich and live comfortable lives, we know who they are, yet cigarettes continue to sell well even though everyone worries about the consequences of consuming tobacco. This type of paradox weighs me down. I say to myself, how can society be so advanced and so childish at the same time?

Is there also a paradox in being a musician today?
It is important to separate the stardom from the musicians. As a musician, you want to make music that produces a little, indescribable joy, but to be a star, you have to get yourself dressed up to be a consumer product and join a process that us musicians cannot always control. So yes, there is some kind of paradox there.

For a musician like you, who sees the sense in maintaining French-speaking communities, isn’t it a paradox to sing in English as you do on some of the tracks on your album?
No, because I am married to an American and we speak English at home. So, although I am a Francophone, I can be an Anglophone too. It isn’t a paradox; it’s a reality for quite a few world citizens today.

This album includes a track you wrote in homage to Ali Farka Touré and a cover version of C’est une Garonne, which you wrote for Claude Nougaro. Are these acts of friendship or remembrance?
Both. Each was a personal friend of mine and had something to teach me. With Claude, I learned my command of the French language. Although I live in France, I don’t usually sing in French. Now I’m risking it in French and it is something I aim to do on tiptoe, slowly, and with a good dose of humility.

Claude opened up my eyes to this language. While we were working on his album (Ed.: Chansongs, released in 2004), where this song comes from, at home one day, I told him how much I admired his way of writing. He replied: “You know, it’s just a question of practising, and having a feel for it. Like you, I like your feel you have for notes, but I’ve got a feel for words.” And then he starting talking to me about my recording studio in such a way that suddenly, I realised I had completely rediscovered the place I go to every day. It’s extraordinary, the way you can use words, and I would like, really slowly, to get right inside French. As for Ali, we saw each other at festivals, but we had never really hit it off, until one day, we found ourselves at the same show in Brazil. Jorge Ben Jor had invited us both to his concert (Angélique Kidjo was there too). Ali said to me, “When I look at you, sometimes you are really white and sometimes you are really African.” This was news! “We’ll talk about it,” he said. And so he invited me to his house, in Niafunké in Mali. He talked to me a lot about African culture there, and taught me a lot. These two guys were friends of mine, but at the same time, I owe them a gesture of remembrance because they brought some fantastic things to me.

In the thanks included in the CD booklet, why do you put the Dalaï Lama at the top of your list of thanks?
The word “paradox” came to me from one of the Dalaï Lama’s speeches. When he speaks about present-day western society he doesn’t do it with animosity, he just smiles very kindly. He simply points out a whole lot of realities that are completely out of kilter, and says some extraordinarily true things about us. I am not a Buddhist, but I find the way this man has of looking at things and at people without judging them very touching.
Ray Lema Paradox (Laborie Records/Naïve) 2007 - RFI - Patrick Labesse Translation : Anne-Marie Harper


Ray Lema. Always there where you least expect him, Ray Lema is a musician who enjoys a challenge. Lema branched out in a new direction on his album, Mizila, in 2004, experimenting with a series of piano solos. RFI Musique hooked up with the emblematic figure whose work testifies to the enormous contribution Africa has made to France's musical diversity.

RFI Musique: Where does the title of your new album come from?
Ray Lema: Mizila was my mother's name. She's passed away now. But she was a totally extraordinary woman in her lifetime. My mother suffered a lot on my account, too. She stubbornly insisted on supporting me when I announced I wanted to pursue a musical career. My entire family were against the idea. They wanted me to become a doctor like everyone else in town. But my Mum was great; she really stuck up for me. It was the same when I turned round at the age of ten and told her I wanted to be a Catholic priest when I grew up. Even though she was a Protestant herself, she never even tried to talk me out of it! My new album’s got a great deal of sentimental value for me. It’s like a sort of posthumous gift to my mother. It’s an album that’s simple enough for someone like her – someone who didn’t have any musical references – to enjoy.


RFI Musique: I’ve heard your mother gave birth to you on a train. Do you think the circumstances of your birth have had any effect on your lifestyle since?
Well, I wasn’t actually born on a train, you know. I was born in the station waiting room where the people helping my mother just had time to set her up comfortably before she gave birth. As to whether these rather peculiar circumstances surrounding my birth had any influence on my later life, I don’t really know. Because of my religious faith, I do have a tendency to believe that everything in life’s linked, that there’s no such thing as an isolated incidence. And when I look back on my life so far, it’s true that stations and airports have played a major role. In fact, since I left my homeland (the former Zaire), I feel like I’ve experienced nothing but stations and airports! So yes, in a way, sometimes I do think to myself that being born in a station was a sort of sign of what was to follow!


RFI Musique: Your life also seems to have had more than its fair share of changes of direction. I know you gave up your studies at the seminary and abandoned your religious calling to devote yourself to music. What prompted this sudden turnabout ?
I grew really disillusioned with the Church. I just had all these questions that there was no clear answer to. When I’d bring up certain questions I was told "that’s simply a matter of faith!" The problem is, I just don’t have the sort of mind that’s satisfied with that as an explanation. I never got any clear answer from the friars at the seminary to so many of the questions that kept running through my head, so I gradually got bogged down in doubt.


RFI Musique: Do you feel like you’re on any particular kind of quest as a musician and composer ?

When I started studying music from my homeland, I realized that we’ve got a highly elaborate rhythm system – and one that’s extremely rigid! You’ve only got to shift the beat a quarter of a millimeter and everything grinds to a halt. Everyone stops playing and starts complaining. It’s interesting, when I came to the West I was completely blown away when I learnt something that no-one had ever taught me in Africa. I attended a harmony workshop one day where the teacher was talking about scales and he explained that a scale is a melody that’s developed after observing all the different harmonics that coexist within one sound. Thanks to that workshop I learnt that you can perceive at least 32 harmonics above the initial sound, that’s to say 32 notes layered one on top of another above that.
Back in Africa we take a completely different approach to music. We move in more of a horizontal direction, whereas in the West you work from a vertical analysis. Anyway, once I’d realized this basic difference I began dreaming of new possibilities. I thought to myself, "This is extraordinary. You’ve got these two cultures which, somewhere down the line, totally complement one another." So I guess you could say my quest as a composer is to tap into this complementarity between the vertical and the horizontal. For me, creating a modern sound means that both systems are present, that you’ve successfully mixed groove with the science of harmony.



RFI Musique: Do you see yourself as an African musician or just a musician ?

I see myself as a musician, but one with African origins. You know, very few white musicians have ever really understood what Africans are getting at when they start moving off in a horizontal direction. And I think it’s the same the other way round, too. Very few Africans have come up with harmonic compositions which are as elaborate as those created by certain classical composers in the West. From both points of view, I still have a strong sense of being an African musician - and my new album obviously bears the mark of where I come from. It’s funny but friends who’ve listened to me playing the piano have remarked that I’ve got a pretty "vicious" way of throwing my hands around as I beat out the rhythm. And that’s something I know I got from Africa! - RFI - 29/12/2004


06/05/2011 -

With his new album, 99, Congolese pianist Ray Lema has moved away from the intimate world of solos and trios to get back with a band. On 99 (the figure used by French bureaucracy to denote people born outside France) he muses in music on the consequences of globalisation and French and African identity, and nurtures dreams of a better world defined by a tolerant cultural melting pot.

RFI Musique: After working solo or in intimate trios for several years, in 2009 you founded the Saka Saka Band. What spurred the decision?
Ray Lema: It’s really a return to what I was doing back in the 1980s. When I played piano on my own or in a trio, people started to take me for an intellectual! So I decided to go back to a style of music that’s closer to the people and more body and dance oriented. "Saka Saka" is the name of a manioc dish and the record is a real musical melting pot. There’s a clear Congolese base but it’s actually hard to pinpoint which country the sound comes from. There are two singers from the Congo and two from France, the brass is Cuban, the drummer and bass player come from Cameroon, with an American trombonist and a Brazilian guitarist. In other words, a real mix that reflects current times!

What does the title "99" signify?
It’s a jokey reference to my ID number. In France, everyone born outside the country is allotted the number 99: all in the same bag! For once, I decided to be proud of belonging to such an enormous ragbag. In day-to-day life, caught up in the cogs of grinding French bureaucracy, the figure is a constant source of irritation full of obstacles, quibbles and questioning.

Would you say that the globalisation you mention in the album’s prologue results in cultures coming together or moving apart?
I think it’s a bipolar phenomenon. With globalisation, the planet is shrinking through the rise in communication. At the same time, identities are tenser, communities are tighter and poor little human beings feel threatened by their neighbours near and far. I’m really convinced that we are witnessing a kind of cultural levelling-off. The artistic onslaught of the United States has the effect of standardising global cultures. France is becoming more and more Americanised, constantly looking over the Atlantic to see what the US is doing and creating. A huge percentage of French groups now sing in English.

In Africa, would you say that cultural foundations are tending to disappear?
It’s much more tragic in Africa, it’s a complete catastrophe! With the rural exodus and access to television and comfort, people are totally fascinated by the West. Our heads of state take a purely economic and material stand on the continent’s problems, and yet the solution lies in culture and education. Africans aren’t even aware of their huge musical wealth, even though the whole world envies them for it! When a people doesn’t know it’s own treasure, it leads to all kinds of disaster.

On your penultimate track, Ata Ndele, you reel off a list of great pan-African leaders (Thomas Sankara, Kwame Nkrumah, Nelson Mandela, etc.). Is it your way of saying that another Africa is possible?
Ata Ndele means "sooner or later". Sooner or later, Africa is going to need to wake up! We’ve had some great men on the continent who have had some great dreams. But our presidents don’t dream any longer, Africa no longer dreams, there are no social programmes with even the faintest utopian vision. Have you heard of the Sapeurs du Congo? Sapologie is a whole science of snazzy dressing, initiated by Papa Wemba. Young people have competitions to see who is the best dressed, with the most designer labels! My God, that’s quite some code for life! Some people’s dream is to reach Mars, but in Africa the dream is to get hold of some Yves Saint-Laurent shoes. At my age, it’s enough to make you want to hit your head against a wall.

Back to France: what do you think the solutions are for creating a true musical identity?
This country should assume its multi-cultural side. There’s a whole bunch of rhythms sounding out in the streets of Paris. Young people playing salsa, samba and mandinka like nothing else. And all of those small worlds come together. But the media makes a point of ignoring them and prefers bending our ears with Ben l’Oncle Soul, not that I’ve got anything against him, except for the constant hype. Here, the media and the record labels have created neat compartments containing French chanson, pop-rock, jazz and hip hop, etc. Anything outside is "99", which means "world music". It’s outrageous. Then sometimes, to ease their conscience, they bring out artists like Amadou & Mariam, or promote some kora playing that’s magnificent but hard to listen to for more than 20 minutes at a time because it’s so ethnic. Of course the French public find it "cute" but not much more. So from time to time the artistic powers-that-be serve us up a particular idea of Africa that’s completely unrepresentative. You have to grit your teeth and stamp your feet and wait for it to pass, because it always does. France really needs to loosen up and look squarely at the plural identities out there. It’s possible to bring out some great music that’s got a whole load of punch but is still perfectly profitable.

Ray Lema 99 (One Drop) 2011 - RFI - By Anne-Laure Lemancel


Ray Lema & Jazz Sinfônica de São Paulo
Enregistrement live
29/11/2011 -
Musicien phare de la scène des musiques inventives, Ray Lema, installé en France depuis le début des années 1980, a réenregistré au Brésil avec le Jazz Sinfônica de São Paulo, sous la direction du chef d’orchestre João Mauricio Galindo, treize de ses titres. Une relecture soignée au service d’une œuvre rare et éminemment plurielle.
Enfant, Ray Lema a approché la musique en étudiant Bach, Mozart et les compositeurs de l’école européenne classique. Le musicien et créateur qu’il est devenu, a, au fil d’une production éloquente, toujours su croiser traditions africaines et avant-garde. Mais ce n’est qu’en 2009, à l’occasion de deux concerts qu’il a pu réunir tous ses amours musicaux.
Invité dans le cadre de l’année de la France au Brésil, il a avec la complicité du Jazz Sinfônica de São Paulo, repris quelques-unes de ses pièces sous la direction João Mauricio Galindo. Mieux, après avoir écouté plus d’une centaine de compositions du compositeur né en RDC, le chef d’orchestre a choisi treize d’entre elles qu’il a agencées en mouvements sur le modèle de la symphonie classique.
C’est donc aux enregistrements (CDs et DVD) de ces concerts à l’auditorium Ibirapuera de São Paulo dirigé par le Maestro avec au piano le mutin Ray Lema que l’on a accès. La complicité entre ces deux hommes et l’engagement de tous les membres de cet orchestre donnent un sens tout particulier à cette relecture magistrale chargée en émotions, à ces pièces réarrangées.
Pour le musicien né sur le continent premier, cette expérience "change sa vie" comme il le raconte sur le DVD, lors des séances de travail préparatoire filmées. Le chanteur au timbre si particulier découvre dans sa propre musique des intentions, des inflexions qu’il n’avait jamais entendues auparavant. Les deux hommes et l’orchestre travaillent depuis sur de nouvelles créations. Un album étonnant et jubilatoire !
- RFI - SQUALY


29/11/2011 -

Ray Lema, the trailblazer of inventive music who’s lived in France since the early eighties, has just re-recorded thirteen of his tracks in Brazil with the Jazz Sinfônica de São Paulo led by João Mauricio Galindo. The result is a meticulous rereading of a rare and eminently plural work.
As a child, Ray Lema’s studied the classical music of Bach, Mozart and composers from the old European school. The eloquent production that the musician and creator has turned out over the last few decades has always crossbred African traditions with the avant-garde, but it wasn’t until two concerts he gave in 2009 that he finally combined all of his musical passions.
As a guest performer during the year of France in Brazil, he got together with the Jazz Sinfônica de São Paulo to rework some of his titles under the direction of João Mauricio Galindo. After listening to over one hundred of the prolific Congolese’s compositions, the conductor chose 13 of them to organise into the movements produced by a classic symphonic orchestra.

The recordings of the superb concerts performed at the Ibirapuera Auditorium in São Paulo and conducted by the Maestro with the mischievous Lema on piano are now available on CD and DVD. The obvious complicity between the two men and the keen participation of the orchestra’s members lend a particular quality to this emotional rereading and the rearranged scores.
For the African-born musician, the experience “changed his life”, as he says during the preparatory work sessions filmed for the DVD. The singer known for his distinctively resonant voice claims to have discovered intentions and inflections in his own music that he had never heard before. More good news – the two men and the orchestra have been working on new creations since.

Ray Lema & Jazz Sinfônica de São Paulo (One Drop/Rue Stendhal) 2011

Translation by: Anne-Marie Harper
- RFI - SQUALY


99 est le numéro attribué par l'administration française chez tous ceux qui ne sont pas nés sur son territoire. Arrivé et Paris en 1982, Ray Lema en sait quelque chose et a choisi ce code pour - baptiser son retour a la tête d'une grosse formation, modèle d'unité franco-congolaise, le Saka Saka Orchestra. Synthèse de ses
expériences de pionnier de la world, son répertoire allie avec maestria la rumba et les rythmes traditionnels d'Afrique centrale au rock, au funk et au reggae. Une séance d'exorcisme salutaire pour éloigner les démons de l'Hexagone.
- VIBRATIONS par Yannis Ruel


Par son ouverture à l'autre, par son esprit critique aiguisé jamais amer, Ray Lema,
Maestro franco-congolais mondialement reconnu, incarne à merveille l'esprit de l'Afrique dans tous les sens, captivant et rare festival de Paris intramuros à se dédier totalement aux cultures africaines. Son CD 99, dont le titre reprend le numéro que l’administration française attribue aux individus nés hors du pays, y compris aux Français pointe cet ostracisme qui flirte avec la discrimination .Textes conscients, parfums d'Afrique centrale ou du Sud, brésiliens, jamaïcains, b|ack rock, arrangements subtils... Lema explore une fertile africanité, avec brio, rigueur et splendeur.
- L’ HUMA par Fara C


Touche-à-tout génial, Ray Lema vient sans doute de commettre l'album le plus emblématique de sa longue carrière.
Lancé en France par Jean-François Bizot au début des années 80, ce compositeur, pianiste et chanteur originaire de Kinshasa a multiplié collaborations et créations marquées du sceau de la diversité : Higelin ou Bashung, gnaouas du Maroc, voix bulgares ou orchestre symphonique brésilien ont été ses compagnons de route. Sans compter Mozart, Bach et le chant grégorien, sa première école. L'autre, Ray Lema connaît donc bien. Et c'est à lui qu'il dédie ce nouvel album, 99, impitoyable numéro administratif désignant l'étranger, ici transformé en richesse musicale. Ray Lema papillonne du reggae à l'électro, de la rumba à la ballade romantique. Une exploration musicale éclectique et allègre.
- Marianne , Par Frédérique Briard


REDACCIÓN El domingo actuó en el teatro Isabel la Católica, dentro del programa de la XXXII edición del Festival de Jazz de Granada, el músico congoleño Ray Lema. Llegó con su African Jazz Trío, una de las muchas posibilidades sonoras que tiene, desde el piano solo a la orquesta sinfónica.

Lema es uno de los artistas más geniales que ha dado África, en toda la extensión del término, ya que abarca todos los estilos africanos los de ida y los de vuelta, y además sabe encontrar los puntos en común entre la tradición africana y la europea, ya que sus primeros pasos fueron por un lado como estudioso del folclore, mientras se formaba en la música clásica europea. Por esos en sus conciertos confluyen con naturalidad las rumbas centroafricanas, con el piano de Chopín, la clave cubana, ecos del blues y hasta el funk. Todo ello coherentemente ensamblado con una tranquilidad sonora envidiable y un gusto supremo.

Lema es la antítesis del pianista de jazz convencional, se mueve a una velocidad imperturbable por el teclado primando calidad por cantidad, y así elaborando hermosísimas melodías con una capacidad inmediata de emocionar. La otra dos pasta del trío la conformaron un bajista eléctrico, Xavier Zolli, climático en las zonas más paisajistas (buena parte de lo escuchado serviría para una banda sonora) y con electrizante pálpito de funk en las zonas más vibrantes; y un extraordinario baterista, Francis Lassus, que además de una pirotecnia de primer premio ofrece el contrapunto vocal, en altos y vibrato, con(tra) la gravedad del maestro cuando cantaba.

El concierto se basó sobre todo en el álbum ´Paradox´ , realizado también en el formato trío. Ahí se encuentran auténticas joyas casi medicinales como ´Mathissou´, la sintonía de su concierto y casi de la felicidad. Porque sus temas, y canciones encuentran una placidez melódica sanadora, en ocasiones con estructuras hipnóticamente redundantes, en otras con dinámicas amplias, continuos crescendos y actos seguido contrastes de vértigo. Su pulsar recuerda ese alegre fraseo circular de la guitarra de la rumba, que él practicó durante décadas (de hecho su primera visita aquí fue como interprete de soukous). El tema ´Ali Farka´ está dedicado al músico de Malí con el que tuvo mucho contacto, y tras ese ´tributo´ al amigo ausente ´Souira´ no lo convirtió en un aventajado seguidor del soul-Stax, para arribar a los tumbaos caribeños acto seguido en ´Paradox´.

Su concierto fue un portento de sensibilidad, con tiempo y dibujos de proporciones humanas, rebosante de energía aportada por sus compañeros y de gusto por la suya, que pieza a pieza fue incorporando al público como un miembro más del grupo, primero chasqueado los dedos, luego haciendo palmas… para terminar definitivamente incorporado como gran coro. Y para cuando todos entonaban el estribillo de´Yolela´ ya habían pasado dos hors de concierto, y en un santiamén. - LA OPINION DE GRANADA - 2011/11/14


Ray Lema donne du sens depuis une trentaine d’années à l’idée communément reprise aujourd’hui du Local/Global. Ancré dans les traditions musicales de son Congo (RDC) natal et plus largement de son continent qu’il a arpenté au fil des rencontres de sa carrière, il tisse un discours de fraternité qui dépasse les océans. Son dernier album tout simplement 99 ne fait référence à aucune prophétie apocalyptique passée de date, mais au code attribué par l’administration française à ses concitoyens né hors de ses frontières et aux étrangers qui vivent sur son territoire. C’est au cœur de ce département fictif à la préfecture sans nom, qu’il nous donne rendez-vous. C’est en s’appuyant sur ces Français d’ailleurs, sur ces Etrangers de partout, qu’il tient à revigorer son propos en laissant s’exprimer chacune de facettes qui composent cet ensemble original. Cette humanité disparate où même les Français de France ont au final leur place.
Accompagné par Etienne Mbappe à la basse, Conti Bilong à la batterie, Rodrigo Viana à la guitare, une petite section de cuivres et quelques choristes dont Cathy Renoir, Ray Lema compose un album où les langues et les influences se côtoient et réagissent entre elles, participant à l’unité de l’ensemble. Il invite Chico César, un des hérauts de la jeune génération brésilienne qui comme lui compose en s’appuyant sur les musiques de tradition ou la chanteuse Anouk Khelifa remarquée sur les premiers albums de la Mano Negra. Chanté en Français, Les Oubliés de Kivu revient sur les massacres perpétrés à la charnière des siècles dans cette région frontalière du Rwanda. D’une voix douce posée, Ray Lema semble regretter de ne pas avoir su assez crier. « Quelques lignes infimes pour des crimes infâmes, tout un peuple infirme et les larmes d’une femme. Quelques mots infimes pour des fautes infâmes, la conviction intime d’un immuable drame. Dis-moi toi qui sais pourras-tu un jour me pardonner… - MONDOMIX par Squaly


« J’aime ma France ». Ne pas lire ici un énième slogan à usage ambigu. C'est juste la confession spontanée d'un musicien, né en 1946, en République démocratique du Congo, franchement attaché à sa terre d'adoption. Ray Lema est I'invité du festival parisien L'Afrique dans tous les sens, organisé à La Bellevilloise jusqu'au 15 mai, et y présente son nouvel album, 99. Le chanteur et compositeur, installé à Paris depuis 1982, a fait le choix d'avoir la double nationalité, congolaise et française. Comme celle de tous ceux qui vivent ici mais sont nés ailleurs, sa carte vitale porte le chiffre "99" à l'emplacement réservé au département de naissance. Attablé dans un café parisien, Ray Lema commente cette bizarrerie administrative qui a donné le titre de son nouveau -disque. "Sans en faire un combat dramatique, je trouve cette manière de nous identi?er pas très fair-play de la part des autorités françaises." Quasiment discriminatoire. "Dès que tu montres ta carte à une administration, la personne que tu as en face de toi sait que tu n'es pas né ici." C'est, dit-il, avec des manières de faire comme celle-ci, " qu'on donne de I'assurance aux petits racistes". La France a du mal à accepter son multiculturalisme conclut le musicien, mais elle est aussi "un endroit de culture, ouvert sur le monde.
D'ailleurs, à Paris, il s'est senti immédiatement comme un poisson dans l'eau, quand il s'y installe, au début des années Mitterrand. Il se souvient des heures passées dans une grande librairie parisienne, caverne d'Ali Baba où il pouvait étancher sa soif de savoir. En arrivant à Paris, Ray Lema découvre alors une bande d'agités qui lui vont bien, à commencer par Jean-François Bizot (1944-2007), le patron d'Actuel, l'un des premiers magazines de la contre-culture en France et fondateur de Radio Nova. Bizot deviendra un temps son producteur.

Éclosion de la sono mondiale
"C'est lui qui m'a fait venir ici, et de la Belgique où je tournais en rond." Raymond Lema A'nsi Nzinga, fils de chef de gare, est né en 1946 au Zaïre (ex-Congo belge, aujourd'hui République démocratique du Congo). Il a failli devenir prêtre, formé au petit séminaire de Mikondo à Kinshasa. ll y apprit l'orgue, le chant grégorien et la musique classique. En 1979, il part aux Etats-Unis, à la faveur d'une bourse de la fondation Rockfeller. Trois ans plus tard, il est en Belgique. "Quand tu vis aux Etats-Unis, lorsque tu tournes le bouton de la radio ou de la télévision, tu ne vois que les Etats-Unis. Je me suis dit, il y a une partie du monde qui me manque. ll faut que j'aille à un endroit où je puisse trouver facilement des Africains et entendre quand même le monde." Il pense naturellement à Bruxelles. Dès 1960, date de cette indépendance chantée par Joseph Kabasélé (1930-1983) dans Indépendance cha cha, premier tube panafricain, les musiciens congolais y ont afflué.
Finalement peu réceptif aux attraits de la Belgique, Ray Lema se laisse facilement convaincre par Bizot de développer sa carrière en France. Elle s'amorce en pleine éclosion de la sono mondiale, avec l'album Kinshasa-Washington DC-Paris, en 1983. A Paris, l'homme curieux est comblé par tout ce qu'il découvre et le musicien est aux anges. Enfin de vrais et beaux pianos, magnifiquement préparés et accordés. "Pour le pianiste que je suis, ce fut un éblouissement. Je ne pouvais qu'aimer un pays qui m'offrait cela."

Depuis son départ en 1979, Ray Lema n'est jamais retourné chez lui, vers cet "ailleurs" où il est né. A quoi tient cet éloignement de plus de trente ans ? Aux exigences du musicien, affirme-t-il. Il ira jouer là-bas, quand on lui proposera un piano impeccable. "Je ne veux pas retourner chez moi pour seulement les amuser avec Saka Saka" - le groupe qu'il vient de reformer. Depuis cinq ans, il tournait en piano solo ou en trio, développant un discours musical éloigné des clichés de la musique à danser. Il revient aujourd'hui au corps -à -corps.
- Le Monde (11/05/2011) : Patrick Labesse


Discography

2011 : RAY LEMA & JAZZ SINFONICA DE SAO PAULO (One Drop/Rue Stendhal)

2011 : "99" (One Drop/Rue Stendhal)

2007 : « PARADOX » (Laborie / Naïve)

2004 : « Ray Lema, Un Musicien de Légende » - (compilation Vox Terrae)

2004 : « MIZILA » - RAY LEMA – piano solo (One Drop/Nocturne)

2003 : BO de « Fatou la Malienne » et « Fatou l’Espoir » - (2 good)

2000 : SAFI (avec les TYOUR GNAOUA) – (Buda Musique)

1998 : THE DREAM OF THE GAZELLE (Detour / Erato)

1997 : STOP TIME (Buda Musique)

1996 : GREEN LIGHT (Buda Musique)

1994 : TOUT PARTOUT (Buda Musique)

1992 : « UN TOUAREG S’EST MARIE AVEC UNE PYGMEE » (avec le KI-YI Mbock de Were- Were Liking) – (Label bleu)

1992 : EURO AFRICAN SUITE (avec Joachim Khün) – (Buda Musique)

1990 : GAIA (Mango)

1989 : NANGADEEF (Mango)

1988 : BWANA ZOULOU GANG

1985 : MEDECINE (Celluloïd)

1983 : KINSHASA – WASHINGTON DC – PARIS (Celluloïd)

1982 : KOTEJA (Celluloïd)

Photos

Bio

Born in 1946 in what is now the Democratic Republic of Congo, Ray Lema's instrumental musical grounding was on classical piano. He also played church organ every Sunday, and commenced training as a priest.

As a young musician in what was then Zaire, Lema played the Kinshasha nightclub circuit, working as stage and studio keyboardist with a host of artists, including key names on the Congolese music scene: Tabu Ley, Rochereau, and Papa Wemba.
Immersed as he was in the sounds of Kinshasha's soukous and rumba, Lema's ear was open to other forms and genres. He was equally inspired by Jimi Hendrix, as he was by the indigenous sounds of his country.

In 1974, Lema was commissioned by the Zairean government to assemble a National Ballet for Zaire. He travelled, observing the diverse traditional music, rhythms and dances of his massive country. Eventually he auditioned and recruited for the National Ballet.
Lema's own project - the group Ya Toupas - was a fusion and crossover group, which visited the United States.

In 1979 Lema received a Rockefeller Foundation grant to study in the United States, where he was based in Washington DC for three years. Following the release of his debut album "Koteja" on the French Celluloid label in 1982, he moved to Europe, living first in Brussels, then Paris - his physical home ever since.

The 1980's witnessed Lema at the forefront of the emerging World Music scene, composing, recording, performing and collaborating with an eclectic array of musicians and music forms. Notable for their northern hemisphere visibility were his vocal collaborations on The Rhythmatist with drummer Stuart Copeland (1985), plus his solo albums such as Medecine (Celluloid, 1985), and Nangadeef (1989) for Island's Mango Label.

Lema sings, and plays guitar and percussion. His keyboard work extends from the ivories of the grand piano, through to a fluidity on contemporary synthesizers such as the Moog. Lema is as much at home producing and behind the mixing desk in the studio, as he is in front of the microphone, and also has extensive film soundtrack experience.

Following a brief visit, Lema spent the early 1990's in Abidjan, Ivory Coast. He recorded musicians from based in Abidjan, and also from the Cape Verde islands. Other collaborations and productions saw him at work - diversely, as usual - with the German pianist Joachim Kuhn, and later with Professor Kirim Stefanov, marrying the voices of Africa and Bulgaria. By 2000, he toured and produced the traditional Moroccan band Tyour Gnaoua.

2004 saw the release of a piano solo album (Mizila), and in 2007, Ray Lema released his 18th album Paradox, showcasing a trio formation comprising piano, kit drums (Francis Lassus) and bass (Etienne Mbappe).
The trio has toured Europe, Africa and performed in Lebanon, Russia, China and Korea during 2007 and 2008.

On May 2009, Ray Lema has been invited by the 85 musicians Jazz Sinfônica Orquestra from São Paulo - Brazil. The Maestro and Artistic Diretor, João Mauricio GALINDO, choose 13 musics composed by Ray Lema and adapted them for 02 concerts with the Jazz Sinfônica at the Auditorium Ibirapuera from São Paulo. It turned out in a unique and original african symphony which gave birth to the release of a DVD/CD in november 2011.

Ray Lema still performs in piano solo, with his african jazz trio and with his brand new big band , the “Saka Saka orchestra” featuring his last record "99" , released in may 2011.